Le fléau de l’isolement social des séniors

La France a pris conscience du phénomène de l’isolement social des personnes âgées en 2003 à l’occasion de l’épisode de canicule, de sinistre mémoire. Depuis la situation s’est probablement aggravée avec la pandémie de la Covid 19.

C’est ce que confirme le dernier Baromètre Solitude et Isolement, établi annuellement depuis 2017 par l’association des Petits Frères des Pauvres (chiffres estimés à partir d’un échantillon représentatif de 1503 séniors). En effet l’isolement s’est majoré dans les différents cercles de sociabilité, y compris les cercles de la famille et des amis : 36% des personnes de 60 ans et plus, ressentent fréquemment un sentiment de solitude et 530 000 personnes sont considérées en état de « mort sociale », n’ayant quasiment aucune relation. La précarité est toujours un facteur aggravant.

L’isolement social des séniors débute souvent à la suite d’un événement tragique, d’un traumatisme comme la perte du conjoint, une séparation ou la maladie : les habitudes de vie sont modifiées, les liens sociaux réduits entraînant un repli sur soi et une cassure dans le désir d’aller vers l’autre.

Le lien social est pourtant vital : l’homme est un « animal social » qui ne peut vivre sans l’autre. La relation peut être source de stimulation, de plaisir et de valorisation.

Etre isolé socialement a aussi des conséquences dans le domaine de la santé, qui est définie par l’OMS comme un état de complet bien-être physique, mental et social :

  • réduction des sorties, donc de l’activité physique favorisant un déconditionnement physique et une perte d’autonomie physique progressive,
  • diminution des activités sociales, des contacts et donc des stimulations et du plaisir de l’échange,
  • baisse de l’estime de soi, sentiment d’inutilité, voire souffrance… favorisant la dépression et ses conséquences,
  • renoncement aux soins parfois avec perte de chance dans le domaine de la santé.

Que peut-on faire face à ce fléau ? Il est sûrement important individuellement de développer ses compétences relationnelles avant la retraite, puis de retarder le désengagement social après la retraite, en maintenant une vie sociale et en favorisant l’engagement du retraité dans de nouvelles activités (vie citoyenne, engagement associatif, voire bénévolat).

Les liens intergénérationnels sont aussi une réserve de ressources humaines pour lutter contre l’isolement. Enfin les fêtes de fin d’année sont un moment sensible pour porter son attention à ce fléau.

Dr Denise Strubel – Praticien honoraire du CHU de Nîmes – Décembre 2021