Luttons tous contre l’âgisme

Le mot âgisme a été créé par Butler Robert aux Etats Unis en 1968 : selon le Larousse, il se définit comme « une attitude de discrimination ou de ségrégation à l’encontre des personnes âgées ». Toute discrimination à l’égard de personnes dans la société tombe sous le coup de l’article 225-1 du code pénal. Elle peut également être sanctionnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

L’âgisme peut s’exprimer à 3 niveaux : directement entre des individus, au niveau de l’entourage, y compris familial et au niveau de la collectivité, où les séniors sont souvent rendus peu visibles. Il peut se traduire au niveau de l’entreprise (en France le taux d’emploi des 60-64 ans n’est que de 18% pour une moyenne européenne de 30%) au niveau de l’accès aux services (prêt à la consommation, services bancaires…) au niveau de la communication et surtout de la publicité, où le  jeunisme s’impose de façon quasi dictatoriale.

L’âgisme est alimenté par les stéréotypes liés à l’âge, qui considèrent tous les séniors comme des personnes, non seulement non productives mais aussi  vulnérables, comme de futurs dépendants, ou de futurs résidents d’EHPAD (alors que seuls 5% des 65 ans et plus et 10% des 80 ans et plus  sont accueillis en EHPAD). Un certain degré de paternalisme voire d’infantilisation peuvent accompagner cet âgisme.

L’erreur fondamentale de l’âgisme est de considérer la population des séniors comme une population homogène, ce qui est loin d’être exact. Nous voyons autour de nous de plus en plus de séniors très actifs à l’âge de 90 ans, conduisant leur voiture, voyageant, ayant une vie sociale riche…. Les séniors sont devenus plus attentifs à leur santé et s’engagent dans des actions de prévention, ce qui, rappelons-le, est la raison d’être d’ARCOPRED. Ils sont nombreux aussi à faire du bénévolat, et sont ainsi très utiles à la société.

Vivre vieux est avant tout une chance qui peut permettre un certain accomplissement. Beaucoup de séniors déclarent avoir une bonne qualité de vie. Une étude de l’OMS a d’ailleurs montré que les personnes âgées qui avaient une perception positive de la vieillesse, pourraient vivre 7,5 ans de plus en moyenne que celles dont la perception est négative. Nous avons tous un rôle à jouer dans la lutte contre l’âgisme, y compris les séniors eux-mêmes :

  • ne pas se laisser dicter sa vie, même sous de bons prétextes,
  • revendiquer ses droits, en allant au delà des besoins primaires, comme la mobilité, mais en exprimant ses besoins et désirs, notamment pour rester un citoyen à part entière,
  • ne pas hésiter à s’engager, même modestement pour continuer à compter,
  • ne pas tolérer les entraves à la dignité des personnes âgées en situation de handicap (c’est une des leçons du Covid).

Notre société vit de multiples mutations et transitions, dont celle de la démographie, où la proportion de séniors va augmenter de façon importante avec l’arrivée des baby-boomers au grand âge. Elle ne va pas seulement augmenter le nombre de personnes très âgées dépendantes mais surtout le nombre de séniors avec un bon état de santé, désireux de vivre cette tranche de vie dans la plénitude.

Dr Denise Strubel – Praticien honoraire du CHU de Nîmes – Février 2022